À bout de souffle, la propriétaire du Centre et Refuge chez Marmy de Matane lance un appel à l’aide. Depuis la fermeture de la fourrière de Matane il y a trois ans, Gaétane Bernier recueille à ses frais des chiens errants et des chats gravement blessés ou abandonnés. Elle réclame que la Ville de Matane agisse enfin.
« Quand la fourrière a fermé, je me suis sentie incapable de laisser ces animaux dans le besoin, livrés à eux-mêmes », explique-t-elle.
En trois ans, elle estime en avoir pris en charge plus de 300, sans compter ceux confiés en attendant à des familles, faute de place.
Des journées sans fin
Mme Bernier gère déjà un refuge pour animaux sauvages. Levée à 4h, elle s’occupe de ses bêtes avant de partir travailler à temps plein, de 8h à 17h. Le soir, elle reçoit des clients pour la taille de griffes.
« C’est beaucoup à gérer pour une seule personne comme moi. »
Son financement? « Zéro. »
Le refuge vit de dons de bouteilles et de canettes consignées, de dons de croquettes et de contributions en argent destinées aux soins vétérinaires. Elle paie seule les taxes municipales de plus de 3000 $ par année, en plus de l’électricité, du téléphone, des assurances et de la nourriture.
Cas de cruauté animale
La situation s’aggrave, selon elle. Les chats se multiplient et certains citoyens posent des gestes cruels. Récemment, on lui a amené une chatte empoisonnée, vraisemblablement à l’acide à batterie.
« Elle avait toute la langue brûlée, raconte-t-elle. On a dû l’euthanasier. »
Un autre chat avait une patte sectionnée par un piège.
« Ils sont sans voix, souligne cette amoureuse des animaux. C’est inhumain de laisser un animal souffrir dehors! »
Selon elle, l’organisme Les Animaux de la seconde chance, qui accueille aussi des chats, est saturé.
« On est dans un dilemme », déplore-t-elle.
Silence à l’hôtel de ville
Gaétane Bernier affirme avoir appelé la Ville chaque année depuis trois ans, sans jamais obtenir de retour.
« Partout où j’appelle, je suis transférée à une boîte vocale et je laisse un message. »
Elle se désole que la Ville, selon elle, avait acheté un bâtiment l’an dernier, mais il s’est révélé non conforme et le projet a été abandonné. Elle souhaite un refuge régional, en collaboration avec les MRC voisines.
Elle s’interroge aussi sur l’argent des médailles pour chiens. Celles-ci sont vendues par les Ateliers Léopold-Desrosiers, qui tiennent le registre, mais n’accueillent pas d’animaux.
« Que font-ils avec l’argent des médailles, vu qu’ils ne prennent pas d’animaux en charge? »
Pétition pour un refuge
Sur une suggestion du député de Matane-Matapédia-Mitis, Pascal Bérubé, elle a lancé une pétition papier, notamment disponible à la Clinique vétérinaire de Matane et dans des commerces. Le libellé exhorte la Ville de faire avancer le projet de refuge et de présenter un échéancier concret.
« Après plus de trois ans, il est temps que ça bouge », peut-on y lire.
La pétition circulera jusqu’au 31 décembre. Gaétane Bernier compte ensuite la déposer au conseil municipal de Matane, entourée de citoyens.
Elle prévient toutefois que, si rien ne change d’ici la fin octobre, elle devra faire des choix. De plus, si elle refuse de diriger l’éventuel refuge, elle se dit néanmoins prête à guider les employés au départ.
« Si je lance ce cri du cœur, c’est parce que c’est le temps que je délaisse cette responsabilité à quelqu’un avant que je tombe », lâche-t-elle, visiblement exténuée.
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