Le transport collectif en Gaspésie est déficient. C’est connu. Les usagers réclament depuis longtemps un service plus adéquat. Parmi eux, des familles de La Haute-Gaspésie cherchent une façon de se faire entendre. Leur message est simple : l’horaire actuel de la Régie intermunicipale de transport Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine (RÉGÎM) ne colle pas à leur réalité. La situation n’est guère mieux au Bas-Saint-Laurent. Reste à savoir si le transport en commun régional trouvera sa place dans la campagne électorale en cours.
Christine Dion et quelques citoyens ont voulu vérifier si cette impression d’un service inadéquat était partagée en sondant les besoins de transport collectif dans l’est de La Haute-Gaspésie. Les résultats confirment ce que plusieurs pressentaient déjà. Mme Dion connaît personnellement quatre jeunes familles qui sont parties ou sur le point de partir en ville, faute de services suffisants.
Un signal clair
Le sondage a recueilli 38 réponses de résidents établis entre Madeleine et Cap-au-Renard, avec une forte concentration à Mont-Louis, Rivière-à-Claude et La Martre, qui représentent à elles seules près des trois quarts de l’échantillon. La voiture y demeure dominante, mais pas par préférence.
Plusieurs répondants disent assumer des coûts importants, voire maintenir deux véhicules par ménage, faute d’alternative fiable. La moitié a déjà utilisé le service de la RÉGÎM et 73,7 % souhaitent l’utiliser davantage. L’intérêt est donc bien présent.
L’horaire, principal obstacle
C’est sur le point de l’horaire que le sondage est le plus révélateur. Quand on demande aux non-utilisateurs pourquoi ils délaissent le transport collectif, la réponse la plus fréquente, dans 58,1 % des cas, est que l’horaire ne convient tout simplement pas. Au total, 84,2 % des répondants jugent l’horaire actuel inadéquat pour leurs déplacements.
Les heures d’arrivée à Sainte-Anne-des-Monts les plus demandées sont 9 h et 13 h, avec un retour privilégié à 16 h. Ce que les gens réclament n’est pas un service continu toute la journée, mais davantage de départs et de retours pour se donner une vraie marge de manœuvre.
Conséquences concrètes
Le manque de service n’est pas que théorique. Selon le sondage, 58,1 % des répondants évitent certains déplacements, 32,3 % ont dû annuler ou reporter un rendez-vous et 25,8 % ont déjà songé à déménager. Douze répondants doivent composer avec cette absence de service au moins deux jours par semaine, dont six, cinq jours ou plus.
Le constat le plus frappant reste peut-être celui-ci : 78,9 % se disent intéressés à utiliser le service d’autobus de la RÉGÎM et ce taux grimpe à 86,8 % si l’horaire répondait à leurs besoins. L’écart entre l’intérêt et l’utilisation réelle s’explique donc moins par un manque de demande que par une offre mal ajustée.
Même topo au Bas-Saint-Laurent
La Haute-Gaspésie n’est pas un cas isolé. Selon la Régie de transport du Bas-Saint-Laurent, la région fait face à une crise de financement doublée de suppressions de services. Le gouvernement du Québec a amputé de 200 millions de dollars le programme d’aide au développement du transport collectif, alors qu’environ 90 % des déplacements de la population active du Bas-Saint-Laurent s’effectuent en automobile, un taux supérieur à la moyenne québécoise.
Les services de Transport collectif rural Rimouski-Neigette seront d’ailleurs suspendus pour une durée indéterminée à partir du 1er janvier, faute de financement suffisant. Des élus locaux parlent d’un frein majeur à l’attractivité et à l’économie régionale. Pendant ce temps, des intervenants et des élus travaillent au développement d’un service de transport intermunicipal au Bas-Saint-Laurent.
Un enjeu de vitalité
Dans les deux régions, le message converge : le transport collectif n’est pas un luxe, mais un levier d’accès à l’emploi, aux soins, aux études et à la vie sociale, particulièrement pour les familles, les aînés et les jeunes sans voiture.
À l’heure où plusieurs municipalités rurales tentent de retenir leur population, la question mérite mieux qu’un silence électoral.
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