Dans les prochaines semaines, voire dans quelques jours, les chemins forestiers de la région s’animeront. Dès la fin septembre, des archers partiront à l’affût de l’orignal, suivis à la mi-octobre par des chasseurs à l’arme à feu. Pour des milliers de familles, ce n’est pas un simple loisir de fin de semaine : c’est un rendez-vous transmis de génération en génération, aussi ancré dans le calendrier que les labours ou la pêche.
Pourtant, chaque automne, la même caricature refait surface : celle d’une horde de gars éméchés armés jusqu’aux dents. Il est temps de remettre les pendules à l’heure, sans fermer les yeux pour autant sur ce qui mérite d’être dénoncé.
Une tradition plus qu’un party
Quiconque a déjà mis les pieds dans un camp de chasse sait que l’image du chasseur ivre mort relève davantage du cliché télévisuel que de la réalité. Se lever à 4 h du matin, marcher des kilomètres dans le froid, manier une arme chargée, rien de tout cela ne tolère la gueule de bois. Les chasseurs sérieux le savent et sont souvent les premiers à rappeler les règles à un nouveau venu trop enthousiaste pour la bouteille.
Ce qui se passe dans ces camps ressemble davantage à un rituel de transmission qu’à une beuverie organisée. Même si je reconnais que, pour certains, l’achat de caisses de bière prime sur tout le reste, cette activité annuelle réfère beaucoup plus à notre mémoire collective et elle remplit des congélateurs. Il y a même de généreux chasseurs qui font don de viande de gibier pour des gens dans le besoin.
Autre préjugé
Un autre préjugé consiste à assimiler la possession d’une arme à feu à un danger public. Ce préjugé ne sort pas de nulle part. Malheureusement, il existe des chasseurs négligents et je ne les défends pas. Mais, leur existence ne justifie pas de blâmer l’ensemble des chasseurs.
Au Québec, aucun chasseur ne peut légalement toucher à une arme sans avoir suivi le cours de maniement de base et obtenu son certificat de possession et d’acquisition, délivré après vérification des antécédents. Année après année, les statistiques de la Sûreté du Québec le confirment : les incidents liés à la chasse sportive sont rares.
Un bémol assumé
Je serais malhonnête de défendre la chasse en bloc sans nommer ce qui m’agace : ces têtes d’orignal fièrement exposées sur le capot d’un pickup. Je comprends ceux qui dénoncent cette pratique.
Dans mon esprit, je ne peux m’empêcher de voir un acte de décapitation. Il y a quelque chose de franchement dégoûtant à en faire un trophée, plutôt qu’un geste discret de respect à l’égard de l’animal abattu. On peut être fier de sa prise sans en faire un spectacle de mauvais goût.
Le lièvre, la perdrix et les leçons de mon père
La chasse fait partie de mes plus beaux souvenirs de jeunesse. Je me revois avec mon père, marchant en silence dans les sentiers balisés par les arbres affichant leurs couleurs d’automne, à chercher des perdrix et à relever les collets à lièvre.
Mon père me donnait des leçons de patience et de respect. Il m’enseignait à observer la nature avant de la prélever, à connaître les limites de prises, à ne jamais braconner. Pour lui, respecter les règles n’était pas une contrainte, mais une question d’honneur à l’endroit de la forêt et de la faune qui nous nourrissaient.
Mieux raconter cette richesse
Derrière la période de chasse se cache aussi une réalité économique : pourvoiries, zecs et commerces locaux qui vivent de cette activité.
Or, plutôt que de réduire cette activité à des préjugés tenaces, à de fausses peurs ou à quelques têtes d’orignal à l’avant d’un véhicule, on gagnerait à la percevoir pour ce qu’elle est vraiment : une tradition rigoureuse, transmise avec respect d’une génération à l’autre. La majorité des chasseurs ne méritent pas d’être traités comme des abrutis et encore moins d’être pointés du doigt.
Sur ce, bonne chasse!
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