Quand la 132 se transforme en champ de mines

Par Johanne Fournier , Johanne Fournier jfournier@publicationsgaspesiennes.com 9:07 PM - 15 août 2026
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Les travaux ont repris le 6 août sur la route 132 à Saint-Ulric. La circulation se faisant en alternance, les files s'allongent parfois sur plusieurs dizaines de mètres. Photo Johanne Fournier

Il y a quelques jours, il suffisait de rouler quelques mètres sur le tronçon en construction de la route 132 à Saint-Ulric pour comprendre la colère des usagers. Innombrables nids-de-poule, chaussée défoncée, poussière étouffante. Le chemin de terre ressemblait davantage à un parcours d’obstacles qu’à une voie de circulation.

Lors de ma visite sur les lieux le 4 août, la grogne et la tension étaient palpables chez les automobilistes, les camionneurs et les vacanciers forcés de composer avec cet état de route en pleine saison touristique.

Que dire d’une motocycliste au volant de sa moto Harley-Davidson de type « chopper » qui peinait à se garder en équilibre sur son engin trop gros pour elle? Par crainte qu’elle ne chute et se blesse, j’ai été plusieurs minutes arrêtée à l’observer pour, le cas échéant, lui porter assistance. Heureusement pour elle et à mon grand soulagement, elle a réussi à surmonter ce qui s’apparentait à une zone de bombardement.

Signaleurs en première ligne

Sur le terrain, ce sont les signaleurs routiers qui essuient la frustration des usagers. « Je me suis fait engueuler toute la journée, me confie l’un d’eux, visiblement exténué. Mais, ce n’est pas de ma faute! Les ingénieurs sont en grève et les travaux sont arrêtés depuis plus d’un mois. C’est au ministère des Transports que les gens devraient se plaindre, pas à moi! »

Son témoignage résume bien la situation : un conflit de travail qui se joue à des kilomètres de Saint-Ulric, mais dont les conséquences se font sentir très concrètement sur l’asphalte… ou plutôt sur son absence.

Chaussée fragilisée par les intempéries

Combinés à de fortes pluies, les effets de la grève des ingénieurs du gouvernement du Québec ont sérieusement détérioré ce tronçon de la 132.

Chaque jour, des centaines de véhicules empruntent cette portion névralgique de la route, dans un secteur où les travaux demeurent inachevés. Le résultat : une chaussée où il est fort désagréable de rouler.

La municipalité se dissocie

Devant le mécontentement, la municipalité de Saint-Ulric a tenu à clarifier sa position. Dans un message publié sur Facebook, elle indique avoir communiqué avec le ministère des Transports et de la Mobilité durable afin de signaler l’état de la route et de réclamer des correctifs dans les meilleurs délais.

« La municipalité de Saint-Ulric tient à préciser que l’état actuel de la route 132, particulièrement dans le secteur où les travaux sont actuellement inachevés, ne relève pas de sa responsabilité, mais bien de celle du ministère des Transports du Québec », peut-on lire dans son avis.

L’administration municipale invite les usagers qui constatent une détérioration ou la présence d’obstacles dangereux à les signaler directement au 5-1-1.

Un conflit qui dure

Amorcé le 6 juillet par l’Association professionnelle des ingénieurs du gouvernement du Québec, le débrayage commence à peser lourd sur de nombreux chantiers d’infrastructures au Québec.

L’Association fait état d’environ 1900 ingénieurs qui, au terme de plus de trois ans de pourparlers, réclament le renouvellement de leur convention collective. Le Tribunal administratif du travail a récemment statué que Québec avait manqué à son devoir de négocier de bonne foi.

Reprise des travaux

Le ministère des Transports a finalement annoncé la reprise des travaux d’asphaltage de l’avenue du Centenaire à Saint-Ulric pour le 6 août. La municipalité, qui avait multiplié les démarches auprès du ministère et sollicité l’intervention du député de Matane-Matapédia-Mitis, Pascal Bérubé, a ainsi vu ses efforts porter fruit.

Les travaux devraient se poursuivre jusqu’au début septembre. D’ici là, les usagers de ce tronçon devront composer encore quelques semaines avec une chaussée capricieuse, un bout de route devenu, bien malgré lui, le symbole local d’un conflit de travail bien plus large.

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