Le Québec tout entier pleure la disparition de Marc Messier, mort le 7 juillet à l’âge de 78 ans des suites d’une brève maladie, entouré de ses proches. L’annonce, faite par l’agence Goodwin, a provoqué une onde de choc dans tout le Québec et la Gaspésie n’y échappe pas.
De la classe politique aux artistes qui ont partagé sa vie professionnelle, les hommages se sont multipliés sans relâche, témoignant de l’ampleur de la place qu’occupait ce comédien dans l’imaginaire collectif québécois. La première ministre Christine Fréchette a salué un homme qui avait « ce talent rare de nous faire rire, de nous émouvoir et de nous rassembler », tandis que le ministre de la Culture, Mathieu Lacombe, l’a décrit comme « un géant de la culture québécoise ».
Personnages mythiques
Né à Granby en 1947, Marc Messier avait construit une carrière de plus de 50 ans, marquée d’abord par le théâtre avec Broue, pièce culte jouée plus de 3300 fois aux côtés du regretté Michel Côté et de Marcel Gauthier. C’est toutefois à la télévision qu’il était devenu un véritable monument populaire : Marc Gagnon, entraîneur fougueux du National de Québec dans Lance et compte; Réjean Pinard, le menteur attachant de La Petite Vie; Bob Chicoine, l’entraîneur haut en couleur des Boys.
Chacun de ces rôles a marqué plusieurs générations de téléspectateurs et les répliques qu’il a rendues immortelles, dont celle sur « la dureté du mental », continuent d’être citées aujourd’hui. Ses collègues de longue date, dont Guylaine Tremblay, Diane Lavallée, Marina Orsini et Claude Meunier, ont tous souligné, au-delà du talent, l’humilité et la générosité de l’homme, décrit comme aussi lumineux hors caméra que sur les plateaux.
La Gaspésie, terre de tournage et de mémoire
Si la carrière de Marc Messier a traversé tout le Québec, la Gaspésie occupe une place particulière dans son parcours. En 2015, l’acteur a passé plusieurs semaines dans la région pour le tournage du long métrage réalisé par Richard Angers, d’abord connu sous le titre de travail Desperado, avant de sortir en salle sous le nom Le pacte des anges. Le tournage s’était amorcé le 9 septembre en Haute-Gaspésie, avec des scènes filmées à Cap-Chat, à La Martre, à Rivière-à-Claude, avant de se poursuivre au Bas-Saint-Laurent, notamment à Trois-Pistoles.
Dans ce « road movie » qui met en scène Adrien, un homme solitaire kidnappé par deux jeunes frères en fuite, Marc Messier livre l’une des performances dramatiques les plus marquantes de sa filmographie tardive. L’une des scènes les plus mémorables du film a été tournée au sommet du mont Jacques-Cartier, point culminant des Chic-Chocs, situé au cœur du parc national de la Gaspésie.
En raison de la protection du site où évoluent les derniers caribous au sud du fleuve Saint-Laurent, l’équipe de tournage avait dû grimper à pied pendant deux heures et demie avant de pouvoir installer ses caméras, un effort récompensé par une brume et des apparitions de ces rares cervidés, que le réalisateur avait lui-même qualifiées de cadeaux de la nature. Marc Messier avait aussi accepté de se jeter dans les eaux froides du fleuve à Grosses-Roches pour les besoins d’une scène, illustrant l’engagement physique qu’il mettait dans ce rôle inhabituel pour lui.
Un attachement qui dépasse l’écran
Séduit par les paysages gaspésiens, le réalisateur Richard Angers avait conçu son scénario en pensant directement à la région, où l’isolement des grands espaces épousait celui de ses personnages en cavale. Pour Marc Messier, cette expérience représentait une incursion rare dans le « road movie », genre qu’il disait n’avoir jamais exploré auparavant et qu’il avait comparé, non sans humour, à l’esprit d’Easy Rider.
Ce séjour prolongé sur le territoire gaspésien, entre Sainte-Anne-des-Monts et les sommets des Chic-Chocs, a laissé une empreinte durable, autant dans la mémoire des équipes de tournage que dans celle des cinéphiles.
Aujourd’hui, alors que les hommages continuent d’affluer de partout au Québec, la Gaspésie continuera de se souvenir d’un acteur qui a su, le temps d’un tournage, faire de ses paysages spectaculaires le théâtre d’une œuvre marquante. Entre le sommet du mont Jacques-Cartier et les eaux du fleuve à Grosses-Roches, Marc Messier laisse derrière lui bien plus qu’une filmographie. Il laisse une trace vivante dans le territoire même qui l’a accueilli et qui pleure aujourd’hui, comme tout le Québec, la perte d’un grand homme de scène et d’écran.
Horizon
Horizon, des contenus marketing présentés par et pour nos annonceurs.