L’artiste multidisciplinaire matapédienne Geneviève Gagné expose les toiles de son exposition « RE-créer la VIE » à la Microbrasserie La Captive d’Amqui.
L’exposition comporte neuf toiles principales, qui ont pour but de rendre hommage à une personne décédée, en intégrant dans ces peintures des écrits de la personne.
« Quand j’ai perdu mes parents et ma belle-mère, nous avons vidé les maisons. Je suis tombée sur des écrits qu’ils avaient faits à la main. Je trouvais que des écritures avaient autant de valeurs qu’autre chose qu’on garde en souvenir. Ce que je trouvais dommage, c’est que souvent, ça va se retrouver dans un tiroir, une boîte-souvenir ou même parfois à la récupération. »
Madame Gagné se souvient d’avoir eu l’idée de réutiliser ces écrits après avoir vidé la maison de sa belle-mère.
« Je n’étais pas capable de dormir et l’idée m’est apparue comme ça, de faire des œuvres qui intègrent les écrits des personnes. »
Il arrive aussi que les toiles conçues incorporent d’autres éléments.
« RE-créer la vie, c’est justement de redonner vie à différentes choses, entre autres les personnes qui sont décédées, en les mettant en lumière. Il y a aussi des fleurs séchées dans plusieurs de mes œuvres. Je les ai récoltées, puis je les ai fait sécher pour les intégrer. Il y a aussi du textile recyclé. Elles n’en ont pas toutes, ça dépend du flot d’énergie quand je crée. »
De plus petites œuvres, qui s’inscrivent dans le même ordre d’idée que recréer, sont aussi présentes.
« Chaque œuvre que j’ai créée en a une. J’en ai juste apporté trois pour montrer des exemples. Quand je finis de peindre, il reste toujours de la peinture sur ma palette d’artiste. Je fais du jardinage. C’est dans ma philosophie de ne jamais rien jeter, de tout réutiliser. C’est la même chose pour la peinture. Je fais des œuvres qui sont davantage gestuelles, plus abstraites, avec le reste des peintures. »
Madame Gagné, qui a vécu plusieurs deuils, explique avoir mis sur pied cette exposition pour les personnes qu’elle a perdues, mais aussi pour elle-même.
« Le but était premièrement de sortir ça de moi. Ç’a m’a aussi aidé à faire mon deuil. Même si ça fait un moment que mes parents sont décédés, on dirait que j’avais besoin de leur rendre hommage. Alors, ça m’a beaucoup aidée là-dedans. Même chose pour ma belle-mère, dont le décès est plus récent. »
Elle souhaite maintenant permettre aux familles endeuillées de se commander une œuvre sur mesure, à l’image de l’être cher décédé.
« Mon objectif est de faire le tour des salons funéraires ou d’aller vers ceux qui aident les autres dans leur processus du deuil pour ramasser des écrits, un vieux foulard, des choses qui appartenaient à la personne décédée pour qu’on me les confie, qu’on me parle de la personne et que je puisse faire une œuvre à l’image de cette personne. »
« RE-créer la VIE »
Cinq toiles de l’exposition font partie d’une série intitulée Les cinq doigts de la main, inspirée des parents de l’artiste. Le nom fait référence à leurs cinq enfants.
« Elles sont toutes différentes. Chacune contient des écrits de ma mère et de mon père. Je les déchire. Je ne prends pas nécessairement un texte intégral. Je déchire plein de morceaux, j’y vais selon l’assemblage. Ça veut dire qu’un mot peut se retrouver à l’envers, peut être coupé. Il n’y a pas nécessairement de sens, sauf pour des phrases fortes, comme dans l’une des œuvres où il est écrit : ” À bientôt, mes beaux enfants “. »
Une œuvre, Bienveillante Francine, a aussi été conçue pour rendre hommage à sa belle-mère. « C’était une personne bienveillante et formidable. J’ai utilisé des couleurs qui la représentaient et les pétunias que l’on retrouve dans l’œuvre sont séchés depuis longtemps. Elles ont une teinte brunâtre, mais elles ont été retrouvées dans l’un de ses livres. Alors, c’était important, pour moi, que ces fleurs apparaissent. »
L’œuvre Anthony vient, pour sa part, rendre hommage à un jeune homme de la région, décédé lors d’un accident sur l’autoroute 20 à l’automne 2025. Âgé de seulement 17 ans, il avait terminé son secondaire quelques mois plus tôt.
« Ç’a été un gros choc pour les enseignants qui l’ont eu comme élève à la Polyvalente, mais aussi pour tous ses amis. C’était aussi un accident dont il n’était pas responsable. 17 ans, c’est jeune pour décéder. À ce moment-là, l’idée du projet avait commencé à germer et j’en avais parlé avec ses sœurs, comme quoi je souhaitais offrir une œuvre à la famille et elles étaient vraiment enchantées par l’idée. “
Sa famille le décrivait comme un véritable cœur sur deux pattes.
« Je me demandais comment je pourrais l’illustrer, je ne pouvais pas simplement faire un cœur avec des pattes. Finalement, je suis tombé sur le livre de ma belle-mère que j’avais récupéré, dans lequel se trouvaient des cœurs saignants, séchés. Il y a donc deux cœurs qui sont pareils, qui représentent Anthony et sa jumelle. L’autre en dessous est pour leur grande sœur. »
Les deux autres œuvres de l’exposition, celle en hommage à Paule Ross, décédée en janvier 2026 et celle en hommage à Cédrick-Emmanuel, le garçon de l’artiste, décédé en 2011, se prêtaient moins bien au concept d’intégrer des écrits.
« Paule est décédée et je ne suis pas allée fouiller dans ses affaires pour trouver des paroles. Je me suis tournée vers des mots de sympathie que les gens mettaient sur les réseaux sociaux pour alimenter l’œuvre. Même chose pour l’œuvre de mon garçon. J’ai perdu un enfant à l’été 2011. Il a vécu un mois. C’est sûr qu’il n’a rien écrit, mais j’ai fait un livre qui s’intitule La petite histoire de Cédrick-Emmanuel. Alors, ce sont des extraits du livre que j’ai inclus à travers l’œuvre. »
Horizon
Horizon, des contenus marketing présentés par et pour nos annonceurs.