Procès de l'ex-policier Claude Doiron

Témoignage troublant de la présumée victime

Par Johanne Fournier 3:00 PM - 17 juin 2026
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La première semaine du procès de Claude Doiron s'est terminée le vendredi 12 juin. Photo Johanne Fournier

La première semaine du procès de l’ancien porte-parole de la Sûreté du Québec (SQ) pour l’Est-du-Québec, Claude Doiron, qui se tient au palais de justice de Percé, a été marquée par le témoignage troublant de la présumée victime. Le procès a ensuite donné lieu à un débat sur l’authenticité de photographies, ce qui a paralysé les audiences pendant près de deux jours.

Âgé de 63 ans, l’accusé répond à trois chefs d’accusation : agression sexuelle, contacts sexuels et incitation à des contacts sexuels sur une enfant de moins de 14 ans. Il a enregistré un plaidoyer de non-culpabilité.

Les faits allégués remonteraient à l’été 1988, à Cloridorme, alors que la plaignante était âgée de 12 ans et que Claude Doiron, alors âgé de 25 ans, n’avait pas encore intégré les rangs policiers.

Prévu pour deux semaines, le procès se déroule devant juge seul, sous la présidence du juge Pierre Lortie de la Cour du Québec. Une ordonnance de non-publication protège l’identité de la plaignante.

« Quelque chose que je ne peux pas oublier »

Aujourd’hui dans la cinquantaine, la plaignante a raconté que tout se serait déroulé en une seule journée, peu après la fin de sa 6e année du primaire. L’accusé l’aurait d’abord embrassée, puis insisté pour la faire monter à bord d’une voiture rouge.

« Il a mis sa main sur mes seins, sous mon chandail, a-t-elle témoigné. Puis, il s’est masturbé à côté de moi. Je n’ai pas voulu regarder. Je n’avais jamais vu un pénis et j’avais peur. C’est quelque chose que je ne peux pas oublier. »

« Il était séducteur et gentil avec moi, a-t-elle continué pour répondre à la question de l’avocat de la défense, Me Jean-François Boucher, visant à décrire ses émotions de l’époque. Mais, mon cerveau a subi un choc émotionnel. Je me suis demandé si c’était des sentiments amoureux, probablement pour adoucir ce que j’ai vécu et alléger la douleur de la petite fille de 12 ans que j’étais. »

Des clichés au cœur du débat

La défense a présenté trois photographies montrant la plaignante lors d’un séjour dans la région de Lanaudière, au début de son adolescence. Une date manuscrite au verso les situe à l’été 1988, soit la période où la femme affirme qu’elle était en Gaspésie, là où l’agression alléguée serait survenue.

La plaignante a fermement rejeté cette datation, situant plutôt le voyage « près de Montréal » à l’été 1989. Disant ne pas reconnaître l’écriture, elle a soutenu que ces inscriptions n’avaient aucune valeur probante. Sa certitude reposerait notamment sur sa photo de carte d’identité scolaire. « J’avais pris du poids parce que j’avais mangé beaucoup de poutines cet été-là. » De son côté, le ministère public estime qu’il existe potentiellement un enjeu d’authenticité concernant la note manuscrite.

Deux jours d’ajournement

Ce débat a entraîné la suspension du procès du mercredi 10 juin en avant-midi jusqu’au vendredi 12 juin à 11h. MeBoucher a expliqué avoir reçu de la poursuite un complément de preuve suffisamment imposant pour justifier une analyse approfondie. Le procureur de la Couronne, Me Louis-Philippe Desjardins, ne s’y est pas opposé, tout en exprimant la crainte que l’ajournement fasse déborder la durée prévue du procès.

De retour à la barre le vendredi 12 juin, après un bref huis clos, la plaignante a affirmé avoir retrouvé chez elle cinq photos datant, selon elle, de l’été 1989. « Je suis habillée pareille comme sur les photos que la défense m’a montrées, a-t-elle raconté. Sur l’une d’elles, il y a un bébé qui ne marchait pas encore. » Or, en 1988, ce bambin n’était pas encore au monde, ce qui contredirait, selon elle, l’inscription au dos des clichés de la défense. Elle a également produit des cartes de souhaits dont l’écriture, attribuée à la même personne, ne concorderait pas.

Visage connu de la SQ

Arrêté en juin 2023, quelques jours avant sa retraite, Claude Doiron a été, pendant une dizaine d’années, le visage de la SQ dans l’Est-du-Québec, notamment lors de l’alerte AMBER de Sainte-Paule en 2021 et de l’attaque au camion-bélier d’Amqui en 2023. Il n’entretient plus aucun lien d’emploi avec le corps policier.

Le juge Lortie prévoit rendre sa décision en octobre. Au moment de mettre sous presse le vendredi 12 juin, les audiences devaient reprendre avec le contre-interrogatoire de la présumée victime portant sur les cinq photos. À ce moment, le début de la deuxième semaine du procès était prévu le lundi 15 juin.

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