Procès de Claude Doiron : « Je ne suis pas un agresseur d’enfants »
L'ancien porte-parole de la Sûreté du Québec dans l'Est-du-Québec, Claude Doiron, a nié catégoriquement avoir agressé sexuellement une enfant de 12 ans à Cloridorme en 1988. Photo Johanne Fournier
L’ancien porte-parole de la Sûreté du Québec (SQ) dans l’Est-du-Québec, Claude Doiron, a passé toute la journée du mercredi 17 juin à la barre des témoins au palais de justice de Percé, niant catégoriquement avoir agressé sexuellement une enfant de 12 ans à Cloridorme en 1988.
Le sergent à la retraite fait face à des accusations d’agression sexuelle, de contacts sexuels et d’incitation à des contacts sur une mineure pour des faits qui remonteraient à 38 ans.
Arrestation-surprise et carrière brisée
Claude Doiron a d’abord retracé son parcours professionnel devant le tribunal : une carrière amorcée à la Sûreté municipale de Rimouski en 1991, puis un poste de porte-parole de la Sûreté du Québec occupé pendant onze ans à partir de 2012. C’est précisément à la veille de sa retraite, prévue en juin 2023 après trente ans de service, qu’il a été arrêté à la suite d’une mise en scène orchestrée par ses collègues.
« J’ai trouvé ça bizarre, vu que le grand patron était là. J’ai cru que c’était pour souligner ma retraite. Puis, on m’a dit que le directeur général voulait me voir. Là, il m’a demandé de lui remettre mon arme à feu et mon badge. »
C’est à ce moment qu’on lui a révélé que les échanges qu’il croyait avoir eus sur Messenger avec la présumée victime avaient, en réalité, été menés par une agente d’infiltration de la SQ.
Voiture bleue contre voiture rouge
L’un des points centraux du témoignage a porté sur la couleur de la voiture que conduisait l’accusé en 1988, la présumée victime ayant déclaré avoir été agressée dans un véhicule rouge. Pour sa part, Claude Doiron a affirmé avoir possédé, à cette époque, une Datsun B210 bleu ciel 1978, achetée à Saint-Georges-de-Malbaie en 1986, alors qu’il était étudiant.
« Je n’avais pas d’autre voiture en 1988 et je n’ai pas emprunté une voiture rouge. Pourquoi aurais-je emprunté une voiture quand j’avais la mienne ? »
Il soutient avoir obtenu, en 2023, un document de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) confirmant qu’il était bien propriétaire de ce véhicule en 1988. L’accusé a précisé n’avoir eu une voiture rouge qu’en 1991.
Musique et souvenirs contestés
La présumée victime avait également évoqué le souvenir de chansons de Debbie Gibson, qui jouait en boucle dans la voiture de l’accusé. Claude Doiron a balayé cette affirmation du revers de la main.
« Ce n’est pas mon style de musique. Moi, j’aime le country, les grands opéras et les musiques de film. Je n’aime pas le rock et la musique québécoise. »
Sur la question d’un prétendu premier baiser lorsque la plaignante avait 12 ans, l’accusé s’est emporté. « Il n’y a pas eu de premier baiser ni de deuxième ni de troisième baiser ! C’est de la foutaise ! Est-ce qu’elle parle d’un bec du Jour de l’An ? Je ne lui ai jamais donné de baiser et encore moins avec la langue. Ma mère était sévère. Elle avait des valeurs qu’elle m’a transmises et j’ai les mêmes valeurs. »
Agente d’infiltration et drapeaux rouges
Claude Doiron a longuement expliqué ses échanges en 2023 avec l’agente d’infiltration qui se faisait passer pour la présumée victime sur Messenger. Selon lui, son expérience de policier l’a placé sur ses gardes dès le départ.
« Avec toutes mes années comme policier, il y avait des drapeaux rouges qui s’allumaient. Qu’elle [la présumée victime] apparaisse comme ça, comme un fantôme, il y avait, pour moi, anguille sous roche. »
Pour tester son interlocutrice, il lui avait posé une question qu’il savait, selon lui, qu’un usurpateur de la présumée victime n’aurait pas su. La réponse fut exacte, mais tardive. Aujourd’hui, il attribue le délai au fait que l’agente a dû communiquer avec la plaignante avant de répondre. Il dit avoir fini par bloquer la conversation, notamment par crainte que ses enfants ne tombent sur cette conversation, d’autant qu’il évoquait, lors de ces échanges, une relation sexuelle consentie avec la présumée victime, alors adulte, dans un motel de Rimouski. Il confie aujourd’hui regretter d’avoir parlé de cet épisode avec celle qu’il croyait être la présumée victime, mais qui était, en fait, l’agente d’infiltration de la SQ.
« Ma vie s’est arrêtée »
L’accusé a décrit avec émotion les répercussions de son arrestation sur sa vie personnelle et familiale. Il a affirmé souffrir de dépression et d’anxiété depuis son arrestation. Il dit ne plus reconnaître l’homme qu’il était.
« Depuis trois ans, je cherche mes mots parce que j’ai des problèmes cognitifs. Pendant ma carrière, j’accordais des entrevues à LCN et à RDI et j’étais à l’aise. Maintenant, j’ai de la difficulté à m’exprimer. »
Il a aussi évoqué l’isolement dans lequel il vit désormais, n’osant plus sortir de chez lui de peur d’être reconnu et pointé du doigt.
« Je vis dans une prison à barreaux ouverts. Je tonds mon gazon le soir pour ne pas que les voisins me voient. Je ne vais plus dans les magasins. C’est ma conjointe qui y va et je reste dans l’auto. » Selon lui, ses enfants et sa conjointe ont subi un véritable choc depuis les événements.
Un vieux délit refait surface
En contre-interrogatoire, Me Desjardins a interrogé l’accusé sur un événement survenu lors de sa première formation à l’École nationale de police du Québec à Nicolet, où il avait quitté un magasin Sears sans payer des écouteurs. Claude Doiron a expliqué qu’il souffrait alors d’une commotion cérébrale.
« Je me suis retrouvé chez Sears à sortir avec un objet que je n’avais pas payé. Je ne l’avais pas caché. J’étais malade. J’ai plaidé coupable et j’ai eu une absolution inconditionnelle de la part du juge. » À la question du procureur de la Couronne pour savoir si ce délit pouvait être la raison pour laquelle il a effectué sa formation policière deux fois, il a simplement répondu « non », visiblement irrité.
Le contre-interrogatoire de l’accusé se poursuivra le jeudi 18 juin.
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