Faire sa place dans un milieu d’hommes
Corinne Chevalier vient de graduer de la technique en tourisme d'aventure. Photo courtoisie
Corinne Chevalier fait partie de la cohorte ayant été diplômée en mai du programme Tourisme d’aventure, du Cégep de la Gaspésie et des Îles. Elle fait aussi partie des 66 femmes honorées lors du gala national de la 30e édition du concours Chapeau, les filles! et de son volet Excelle Science.
Ce concours vise à promouvoir la diversification des choix de carrière des femmes et à encourager la persévérance scolaire. Les lauréates, en provenance de partout dans la province, reçoivent une distinction qui souligne leur parcours de formation dans un domaine à prédominance masculine.
La jeune femme originaire de Saint-Jean-sur-Richelieu, en Montérégie, explique qu’avant de commencer sa technique au Cégep, elle ne s’était pas vraiment arrêtée au fait que le domaine du tourisme d’aventure serait à prédominance masculine.
« Je ne savais pas trop en quoi consistait le programme, je n’étais pas très bien informé de ce côté. »
Elle en a d’ailleurs appris l’existence d’une façon un peu farfelue.
« Je suis allée voir ma conseillère d’orientation. Elle avait ouvert son moteur de recherches, contenant tous les programmes de Cégep. Elle m’a demandé ce que j’aimais. Je ne savais pas vraiment. J’ai dit le ski, un peu à la blague. Elle a tapé le ski dans son moteur de recherche et la première chose qui est apparue est la technique en tourisme d’aventure, parce qu’il y a notamment des cours de ski. J’étais surprise, je ne m’y attendais pas et je n’avais pas pensé à faire ça. »
Elle a constaté les enjeux qui découlaient du fait qu’il s’agit d’un milieu typiquement masculin au cours de sa première année.
« Pas nécessairement avec mes pairs, mais en général. »
L’un de ces enjeux est le peu de crédibilité qui est accordé aux femmes.
« C’est quelque chose qui touche à peu près les femmes dans tous les milieux traditionnellement masculins : le manque de crédibilité, auprès de la clientèle, mais aussi auprès de nos pairs. Le tourisme d’aventure est beaucoup axé sur le physique. C’est du travail terrain. En ce moment, je suis guide de rafting. Je travaille sur l’eau chaque jour, je fais des tâches très demandantes physiquement. Un regard extérieur aurait tendance à penser que je suis moins forte qu’un tel ou que je serais moins capable qu’un autre, parce que je suis moins grande et donc mes bras sont moins longs. C’est récurrent dans mon milieu et je l’ai déjà vécu. »
Le fait de constater le doute dans le regard des autres sur ses propres capacités, en est un exemple.
« Avoir quelqu’un qui repasse derrière nous pour vérifier notre travail, ça en fait aussi partie. Et ce n’est pas fait nécessairement par méchanceté, souvent c’est inconscient comme réflexe, mais on le voit parce que ce n’est pas quelque chose qui arrive forcément aux autres membres de l’équipe. »
Ces réalités du milieu n’ont toutefois pas freiné la guide touristique. Elle indique avoir adoré son expérience au Cégep de Gaspé.

« La Gaspésie est le parfait terrain de jeu pour un programme de tourisme d’aventure. On a la mer, les rivières, les montagnes. Avant, je n’entretenais pas un grand lien avec la nature, mais au cours des dernières années, c’est quelque chose que j’ai appris à cultiver. »
Elle envisage même de s’installer en Gaspésie, après ses études universitaires.
Finalement, Corinne Chevalier estime que Chapeau les filles! est toujours aussi pertinent, 30 éditions plus tard.

« Encore aujourd’hui, c’est primordial d’avoir des opportunités comme ce concours, parce qu’on est encore loin d’une égalité parfaite, dans plusieurs milieux, dont celui du tourisme d’aventure. Je trouve ça tellement incroyable qu’il y ait la possibilité de mettre en lumière de cette façon, les parcours de femmes qui étudient dans certains domaines. »
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