Le homard, le grand gagnant
Le homard est le grand gagnant du réchauffement de l'eau du Saint-Laurent. Photo Johanne Fournier
(JF) Alors que le Saint-Laurent se dégrade, une espèce prospère : le homard. Porté par le réchauffement des eaux, ce crustacé colonise des zones où il était quasi absent il y a quelques décennies à peine, redessinant la carte d’une industrie valant 2 milliards de dollars et qui génère 40 000 emplois au Canada.
Le chercheur David Drolet témoigne d’une transformation sans précédent. Les stocks du sud se sont effondrés, tandis que les débarquements explosent dans les eaux froides de la Gaspésie et de la Côte-Nord. Des homards sont désormais observés jusqu’à Cacouna, un secteur où l’espèce était autrefois inconnue. Selon le scientifique de l’Institut Maurice-Lamontagne, les autorités évaluent déjà l’émission de permis commerciaux dans ces nouvelles zones.
Étude de chaque étape du cycle de vie
Pour comprendre cette migration, M. Drolet a exposé 900 juvéniles à 15 températures différentes en laboratoire. Résultat : la croissance est optimale entre 20 et 21 degrés Celsius et s’effondre au-delà de 26 degrés.
Un modèle prédictif intégrant ces données permettra bientôt d’anticiper la productivité des stocks selon les scénarios climatiques. « On semble avoir un outil qui va être très utile pour une gestion proactive », se réjouit-il.
Un double défi pour les gestionnaires
Ses eaux demeurant loin des températures létales qui frappent déjà le golfe du Maine, le Québec demeure une zone gagnante. Mais, cette expansion impose un paradoxe aux décideurs.
« Dans le sud, on ferme des zones et on réduit des quotas, soulève le scientifique. Dans le nord, on gère une expansion. » Si la situation peut être perçue comme une aubaine réelle pour certains, elle exige néanmoins une gestion rigoureuse.
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