Homicide commis en 1979

Six ans de prison pour Denis Desrosiers

Par Johanne Fournier 12:00 PM - 9 juin 2026
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Coupable de l'homicide involontaire d'Adrien Allard, Denis Desrosiers sera à l'ombre pour une période de six ans. Photo tirée de Facebook

Le dénouement d’un homicide commis il y a près d’un demi-siècle à Causapscal a pris fin le 2 juin au palais de justice d’Amqui. Denis Desrosiers a été condamné à six ans de prison pour des crimes commis en 1979, alors qu’il n’avait que 22 ans. Le juge Jérôme Simard a entériné la suggestion commune des deux parties, soulignant que, « même après plusieurs années, justice peut être rendue ».

Le 10 février 1979, Denis Desrosiers est en couple avec Linda Grenier, aujourd’hui décédée. Les deux se rendent armés au domicile des frères André et Adrien Allard à Causapscal, attirés par des rumeurs voulant que ces deux agriculteurs détiennent beaucoup d’argent.

La soirée tourne au drame lorsque Adrien Allard, en convalescence d’un infarctus, résiste aux intrus. Une bagarre éclate. Peu après, il s’effondre et décède des suites d’un événement cardiaque déclenché, selon la pathologiste judiciaire Caroline Tanguay, par le stress et l’effort physique liés à l’agression.

L’ADN comme clé du mystère

Denis Desrosiers garde le silence pendant près de 46 ans. C’est finalement une analyse d’ADN réalisée sur sa cagoule et l’un de ses gants laissés sur les lieux du crime qui permet aux enquêteurs de le retracer.

Arrêté le 26 février 2025, il passe aux aveux complets dès son interrogatoire, confiant même aux policiers que ses révélations représentent pour lui « une libération ». Il plaide coupable à cinq chefs d’accusation, dont homicide involontaire, introduction par effraction et port d’arme.

Une peine dans le bas de la fourchette

Le tribunal reconnaît plusieurs facteurs atténuants : absence d’antécédents criminels, remords sincères, collaboration à l’enquête et profond changement de vie depuis 1979.

La peine de six ans, assortie de trois ans de probation, se situe dans le bas d’une fourchette pouvant aller jusqu’à neuf ans.

Portrait d’un homme transformé

Devant le juge Jérôme Simard, Denis Desrosiers a écouté en silence le plaidoyer de son avocate, s’essuyant les yeux à plusieurs reprises.

Adrien Allard est décédé quelques heures après le braquage perpétré à son domicile en février 1979. Photo Sûreté du Québec

Celui qui comparaissait pour des crimes vieux de près de 50 ans n’est plus, selon Me Claudie Gallant Bergeron, « la même personne que le Denis Desrosiers de 1979 ». C’est la raison pour laquelle le tribunal lui a imposé une peine que le juge lui-même a qualifiée de « clémente dans les circonstances ».

Jeune homme marginal

Dans la vingtaine, Denis Desrosiers menait une vie en marge de la société. Il gravitait autour du monde des stupéfiants, consommait de l’alcool et du cannabis, fréquentait des cercles criminels.

C’est dans ce contexte qu’il accepte, sous l’influence de Linda Grenier, de participer à un vol qualifié chez les frères Allard. Planifié à la hâte dans un état d’ivresse, le braquage tourne mal et se solde par un décès.

Des décennies de silence et de souffrance

Après les faits, Denis Desrosiers a confié son rôle dans cette funeste histoire à ses parents, qui ont décidé de garder le secret. L’homme vivra ensuite des années marquées par une consommation intense de cocaïne et d’autres drogues, avant de se ressaisir dans les années 1990 en devenant entrepreneur spécialisé en entretien de motos.

L’agente de probation conclut que « le risque de récidive est faible » et qu’il a effectué « l’introspection nécessaire pour comprendre les causes de sa délinquance ».

La parole aux victimes, le silence de l’accusé

Des membres de la famille d’Adrien Allard étaient présents à l’audience, visiblement émus. Mais, ils ont choisi de ne pas s’exprimer devant le tribunal. Lorsque le juge lui a demandé s’il avait des choses à ajouter, Denis Desrosiers a répondu simplement : « Absolument pas. »

C’est sur ces deux dernières paroles qu’il a quitté la salle d’audience, escorté de deux constables spéciaux, devant les yeux des proches de sa victime.

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