Sauvons nos écoles : vigilance dans l’incertitude

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Par Véronique Bossé 9:00 AM - 1 avril 2026 Initiative de journalisme local
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Ginette Lemieux est la porte-parole du Comité Sauvons nos écoles. Photo Véronique Bossé

Depuis deux ans, le Comité Sauvons nos écoles s’affaire, dans La Matapédia, à ce que soient maintenus les services éducatifs de proximité des différentes municipalités du territoire. 

Le mouvement, lancé à la suite de rumeurs, qui ont commencé à circuler en 2023, navigue aujourd’hui dans un contexte évolutif, qui demeure marqué par l’incertitude. Au moment d’écrire ces lignes, deux conseils municipaux, celui de Sayabec et de Saint-Damase, ont adopté des résolutions pour que les municipalités du secteur ouest de La Matapédia soient rattachées au Centre de services scolaire des Phares.

La porte-parole du Comité, Ginette Lemieux, est une retraitée du milieu de l’éducation. Elle a œuvré comme enseignante et conseillère pédagogique avant de devenir directrice de la Polyvalente de Sayabec, les cinq dernières années de sa carrière. Bien au fait des nouvelles concernant les écoles de Sayabec, notamment en raison de son poste au conseil d’établissement, elle confirme qu’en 2023 planait déjà la menace de réunir les élèves du primaire et du secondaire de la municipalité.

« Ça fait 25 ans que je suis au conseil d’établissement et, déjà en 2023, il y avait des rumeurs qui concernaient le conseil d’établissement. Le directeur en avait même fait l’annonce aux élèves. Est-ce que l’idée venait de lui ou d’une discussion qu’il avait eue avec le Centre? On l’ignore, mais déjà, il était question de rassembler le primaire et le secondaire. Il nous disait que, pendant que la Polyvalente serait rénovée pour accueillir le primaire, les élèves du secondaire iraient à Amqui, mais qu’ils reviendraient ensuite. »

Madame Lemieux constate que ces rumeurs n’ont pas été sans conséquence pour Sayabec.

« Quand les rumeurs ont commencé à circuler, c’était inquiétant pour les enfants et les parents, qui se demandaient ce qui arriverait. Déjà là, des professeurs ont commencé à choisir d’autres écoles, lorsqu’est venu le temps de choisir leur poste, parce que plus rien ne semblait assuré. On dirait que tout avait été programmé pour que ça arrive, pour que les parents inscrivent leurs enfants ailleurs, que les enseignants soient dans l’incertitude aussi. C’est comme si le Centre s’apprêtait déjà à vider nos écoles et à diminuer nos clientèles. D’ailleurs, ça fait des années que l’on constate des efforts pour y parvenir. »

La porte-parole avait d’ailleurs rédigé un plaidoyer, lors de la période d’inscriptions de l’année scolaire 2025-2026, qui visait à sensibiliser les membres de la communauté.

Elle y stipulait qu’inscrire les jeunes de Sayabec dans leur municipalité aurait pour effet de contribuer au bien collectif, en ayant un impact positif sur les emplois, sur les services et sur l’avenir de la municipalité.

Le fléau de l’intimidation

Comme le maire actuel de Sayabec, Lorenzo Ouellet, madame Lemieux s’inquiète des conséquences que pourrait engendrer une fusion entre le primaire et le secondaire.

« J’ai passé ma vie dans une école secondaire. Je sais comment ça se passe. Je sais combien il est difficile de faire l’arrimage entre le primaire et le secondaire. Il y a de la violence et de l’intimidation dans nos écoles. C’était le nerf de la guerre quand j’étais directrice. J’étais sur le terrain parce que je voulais tout voir et être en mesure de gérer la surveillance. »

L’ancienne directrice d’école ne mâche pas ses mots quant à cette possibilité.

« Ce n’est vraiment pas drôle ce qui se passe dans nos écoles. Nous avons perdu plusieurs jeunes qui changent d’école à cause de l’intimidation. C’est quelque chose que le Centre de services scolaire facilite aussi. Ça ne règle pas le problème, ça ne fait que le déménager. De mon point de vue, réunir le primaire et le secondaire, c’est ridicule, risible, absurde et stupide. »

Un bref soulagement

Récemment, le Comité a souligné l’annonce du conseil d’administration du Centre de services scolaire des Monts-et-Marées, qui rapportait qu’aucune fermeture d’écoles n’était prévue pour la rentrée 2026-2027. 

Malgré ce répit, le mouvement ne compte pas relâcher la pression, notamment en raison du déficit budgétaire et des consultations à venir concernant différentes écoles des MRC de La Matapédia et de la Matanie. 

Sayabec veut attirer l’attention du ministère

Maire de Sayabec depuis novembre, Lorenzo Ouellet est loin d’être étranger aux enjeux qui pèsent sur les écoles de sa municipalité. 

Notons que le Centre de services scolaires des Monts-et-Marées n’a pas annoncé son intention formelle de regrouper les élèves de Sayabec dans une seule école. Cette possibilité a toutefois été soulevée dans la phase de son plan décennal, disponible via son site internet.

Il y est stipulé qu’un « avis de consultation publique sera lancé par le Centre de services scolaire d’ici le 30 juin 2026, suivi de consultations auprès du conseil d’établissement, du comité de parents et de la population à l’automne 2026. L’intention du CSS est de regrouper toute la clientèle de Sayabec dans le bâtiment présentement réservé aux services du secondaire qui peut accueillir jusqu’à 319 élèves. Une décision sera rendue par le conseil d’administration au plus tard le 2 juillet 2027. »

Le maire de Sayabec partage les inquiétudes de la porte-parole du Comité Sauvons nos Écoles – dont il fait lui aussi partie – et remet en doute certaines raisons qui lui ont été fournies pour justifier cette option.

« Le Centre de services scolaires justifie cette démarche avec les coûts monétaires de la réfection des écoles. On doute aussi des chiffres qui nous sont transmis. Au dernier bilan pour l’école Sainte-Marie de Sayabec, il est question d’environ 17 M$ pour mettre l’école à niveau, mais tout ce qui a déjà était fait, comme les fenêtres, l’escalier de secours, sont encore dans les dépenses qui devraient être attribuées pour être rénovées, alors que c’est déjà fait. »

La pénurie de professeurs est un autre enjeu soulevé. 

« Le Centre dit aussi qu’il y a un problème avec le nombre de professeurs, mais jumeler le primaire et le secondaire dans la polyvalente ne prendra pas moins de professeurs, ce seront les mêmes étudiants. Ça nous amène à craindre beaucoup la cohabitation entre des jeunes de la maternelle à la sixième année, avec des jeunes de secondaire 1 à 4 dans le même établissement. On pense que la cohabitation ne sera peut-être pas facile. On sait qu’il y a de plus en plus d’intimidation dans nos écoles, alors il faut quand même faire attention pour protéger les plus jeunes. »

« C’est pour économiser de l’argent, mais il faut penser aux humains et à nos jeunes. On craint que combiner le secondaire et le primaire ne soit un moyen de dire que ça ne fonctionne pas, pour ensuite déménager le secondaire à Amqui dans deux ans. »

Le maire de Sayabec, Lorenzo Ouellet. Photo Véronique Bossé

Il estime que des impacts majeurs découleraient d’un tel procédé. 

« Un jeune de Saint-Damase qui est obligé de faire ses cinq années de secondaire en voyageant à Amqui, en faisant trois heures d’autobus par jour, je ne suis pas convaincu que ce soit bien pour ce jeune. En ce moment, le secondaire 5 se donne à Amqui. Un an, ce n’est pas si mal, mais cinq ? Ça vient couper dans leur temps de parascolaire et il faut dire que l’éducation ne se résume pas seulement au temps passé à l’école. »

Une résolution de dernier recours

Lors d’une séance ordinaire du conseil municipal de Sayabec, en février dernier, une résolution a été adopté pour que soit déposé au ministère de l’éducation, une demande afin que soit rattaché les municipalités du secteur ouest de La Matapédia au Centre de services scolaires de Phares.

En entrevue, monsieur Ouellet précise que le but de cette demande n’est pas vraiment de se séparer du Centre de services scolaires des Monts-et-Marées, mais bien d’attirer l’attention du ministère sur ce qui s’y passe.

L’école Sainte-Marie de Sayabec. Photo Véronique Bossé

« On veut que la ministre de l’Éducation se penche sur le dossier du CSSMM, pour déterminer pourquoi ça va si mal dans notre Centre de services scolaires. Notre député avait fait des approches, auprès de la ministre et rien ne se passait. En faisant cette résolution, on oblige le ministère de l’Éducation à se pencher sur le dossier, parce qu’il doit analyser la possibilité que ça se fasse et qu’il nous réponde. »

Il explique que la réponse soit positive ou non, qu’elle devrait déjà contribuer à faire avancer le dossier.

« C’est donc un geste que nous avons posé dans le but que le ministère se mette le nez dans le dossier et non pas parce qu’on veut réellement changer de Centre de services scolaire. Pendant tout ce processus, il y a des analyses de fait du côté du Centre de service scolaire des Phares, pour voir comment ça va du côté du budget et du personnel. Même chose pour les Chic-Chocs. Ça nous permettra d’avoir un portrait plus juste : est-ce seulement notre Centre de service scolaire qui a des problèmes ou bien c’est généraliser ? »

Saint-Damase appuie Sayabec

Après la résolution du conseil municipal de Sayabec pour que soit rattaché les municipalités du secteur Ouest de La Matapédia au Centre de services scolaires des Phares, au tour de Saint-Damase d’appuyer cette demande. 

« Lorenzo m’avait mentionné qu’il comptait présenter au conseil municipal de Sayabec une résolution pour quitter le Centre de services scolaires des Monts-et-Marées. Nous avons trouvé que c’était une très bonne idée. C’est sûr que ça s’est fait rapidement à Sayabec, alors de notre côté à Saint-Damase, nous avons emboîté le pas de sorte que soit évaluée la possibilité de rejoindre le Centre de services scolaire des Phares. Le principe de base de cette démarche, c’est de nous faire entendre par la ministre et les hautes autorités, pour qu’il y ait du changement », mentionne le maire, Martin Carrier.

Au moment d’écrire ces lignes, ni la municipalité de Sayabec ni celle de Saint-Damase n’avait eu de retour à ce sujet. 

Martin Carrier (au centre) est le maire de Saint-Damase. Photo Véronique Bossé

Ce que Martin Carrier souhaite éviter, c’est la fermeture de l’école primaire qui se trouve sur son territoire. En effet, la phase 3 du plan décennal du Centre de services scolaires Monts-et-Marées rapporte l’intention du Centre de regrouper toute la clientèle des trois municipalités de Saint-Damase, de Saint-Noël et de Saint-Moïse dans le bâtiment de Saint-Noël.

« Dans notre municipalité, les enfants ont une place privilégiée. Le Club des 50 ans et plus fait des activités avec les jeunes, quasiment deux fois par mois. Même chose pour le Club des fermières, qui leur apprennent différents savoirs. Toute la population sera marquée si les jeunes partent. »

Le maire Carrier se permet lui aussi d’espérer du changement, après ceux survenus à la direction générale du Centre. 

« On sent une ouverture, de la part de Sandra Théberge, la nouvelle directrice par intérim. On sent qu’elle est ouverte à discuter et à trouver des solutions moins évasives que ce qu’on avait dans le passé. Elle semble vouloir privilégier des solutions plus humaines. »

Des consultations publiques imminentes

Le Centre de services scolaire des Monts-et-Marées annonçait récemment qu’il amorçait les étapes de consultation publique préalables à la modification des services dispensés dans six écoles de son territoire.

Il est question de l’École Entre-Vents-et-Marées de Baie-des-Sables et celle de Saint-Léandre, de l’École des Érables de Saint-René, de l’École des Grands-Horizons de Saint-Adelme et de Sainte-Félicité ainsi que de la polyvalente Forimont de Causapscal. Le tout concerne l’année scolaire 2026-2027.

Pour Sainte-Félicité et Saint-Adelme, les rencontres auront lieu au même moment et au même endroit, soit le lundi 13 avril 2026 à 19 h au 207, boulevard Perron, à Sainte-Félicité. Le niveau préscolaire fera l’objet de la consultation.

Pour Baie-des-Sables et Saint-Léandre, les rencontres auront aussi lieu au même endroit et au même moment, le lundi 20 avril à 19 h, à l’adresse 2003, rue de l’Église, Saint-Léandre. Il sera question du préscolaire pour Baies-des-Sables et du primaire pour Saint-Léandre.

Pour Forimont, la polyvalente de Causapscal, la rencontre se déroulera le mercredi 22 avril au 145, rue St-Luc à Causapscal, dès 19 h. Elle concerna le secondaire 4.

Le Centre de services scolaire des Monts-et-Marées. Photo Dominique Fortier

Le préscolaire de l’École des Érables de Saint-René fera l’objet de la dernière consultation, prévu le lundi 4 mai à 19 h, au 165, avenue St-René, dans la municipalité du même nom. 

Les personnes qui souhaitent se faire entendre au cours de ces consultations doivent se présenter aux rencontres et compléter la feuille de collecte des commentaires. La décision de modifier ou non les services dispensés sera connue au plus tard le 30 juin 2026.

Au moment de mettre sous presse, il n’avait pas été possible d’avoir une entrevue avec la directrice générale intérimaire du Centre de services scolaire des Monts-et-Marées, Sandra Théberge. 

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