Une experte de la fugue trouve sa maison

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Par Véronique Bossé 10:39 AM - 23 mars 2026 Initiative de journalisme local
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Vagabonde et Chloé Floc'h Photo Véronique Bossé

L’an dernier, l’éducatrice canine établie à Sayabec, Chloé Floc’h, accueillait chez elle une petite chienne croisée caniche du nom de Vagabonde, qui amorçait un long chemin de rééducation, après avoir passé près de deux ans en cavale, dans la nature.

Près d’un an plus tard, madame Floc’h, qui a depuis pris la décision d’adopter Vagabonde, dévoile les progrès incroyables effectués par la petite fugueuse, depuis leur première rencontre.

Tout a commencé lorsque l’éducatrice canine a offert son aide à la propriétaire du Service Animalier Annika Landry, en sa qualité de spécialiste en comportement canin et en toilettage comportemental.

« À la fin de sa cavale, Vagabonde est arrivée au Service Animalier Annika Landry. Annika l’avait tondue, mais n’avait pas réussi à tondre ses pattes, parce que ça faisait peur à Vagabonde. Je lui ai rendu visite, dans le box où elle l’avait installée. Je me rappelle qu’elle tremblait comme une feuille, dès qu’elle nous voyait. Le premier défi était de réussir à m’approcher d’elle, sans lui faire trop peur, pour qu’elle accepte de manger des gâteries et qu’elle se sente en confiance. »

Vagabonde, après sa capture et après son premier toilettage. Photo Facebook – Service Animalier Annika Landry

« Ensuite, j’ai commencé à lui couper le poil des pattes aux ciseaux. Elle commençait alors à me faire confiance, mais elle continuait à trembler beaucoup et à être nerveuse. J’ai donc pris la décision de la ramener chez moi, parce que je me disais que dans le box, avec tous les chiens qui jappaient autour, ça pouvait être une source de stress pour elle. »

« Rendue ici, elle a fait des progrès assez rapidement. Je l’ai gardée chez moi pendant cinq jours, jusqu’au moment où j’ai dû quitter pour aller voir un client. »

Vagabonde, qui voyait désormais Chloé comme son point de référence, a paniqué en la voyant partir.

« Quand mon copain est rentré à la maison, elle a tenté de forcer la porte. Elle a voulu le pousser, il a tenté de la retenir, mais elle a voulu le mordre et elle s’est enfuie de nouveau, pendant un bon deux semaines. C’est d’ailleurs la seule fois où elle a voulu mordre quelqu’un et c’est vraiment parce qu’elle était en mode panique. »

Grâce à la vigilance du milieu et au désir de Vagabonde de retourner vers Chloé, sa deuxième cavale aura été beaucoup plus courte que la première.

« Pendant ces deux semaines, plusieurs personnes à Sayabec ont signalé sa présence à Ge Cherche Charly. On a pu la suivre, mais elle était encore craintive. Elle ne se laissait pas approcher, mais on l’a vu à plusieurs reprises, via des caméras de chasse, revenir chez moi. On a donc installé une cage-trappe ici et c’est là que nous avons réussi à la capturer de nouveau. Dans sa façon de se déplacer, on voyait qu’elle voulait revenir, mais qu’elle ne semblait pas à l’aise de le faire pour autant. »

Une fois de retour, Chloé – qui avait déjà mis en place plusieurs mesures pour éviter qu’une fugue ne se reproduise – a redoublé de prudence.

« Pendant peut-être huit mois, on la laissait tout le temps attacher avec une longe, dans la maison. Elle ne pouvait donc jamais aller très loin. C’est quand on a constaté qu’elle ne se précipitait plus sur les portes qui s’ouvraient que nous avons décidé d’arrêter de l’attacher. Ç’a quand même pris un moment avant qu’elle cesse de s’approcher furtivement derrière nous, dès qu’on ouvrait une porte. C’était un réflexe très présent chez elle. Par rapport à d’autres chiens que j’ai connus et qui étaient fugueurs, Vagabonde, elle, est capable de grimper sur quelqu’un pour passer par-dessus et fuir. »

Vagabonde, peu de temps après sa cavale. Photo Facebook – Service Animalier Annika Landry

Un long chemin vers la guérison

Depuis sa deuxième cavale, Vagabonde n’a plus fugué et réside auprès de Chloé, qui a entamé un important travail afin de lui faire prendre confiance en l’humain, étant donné qu’après l’usine à chiots, personne n’avait eu l’occasion de donner à Vagabonde une raison de le faire.

« On a beaucoup travaillé là-dessus et sur sa facilité à manger de la nourriture, parce que même si elle n’avait pas beaucoup mangé pendant deux ans, elle était très stressée et elle ne mangeait pas grand-chose. Elle a été maigre longtemps. »

En effet, pendant sa cavale, Vagabonde, s’était beaucoup nourri de déchets humains et de nourriture pour chats.

« Elle ne semblait pas vouloir s’aventurer dans les bois. J’ai l’impression qu’elle restait à proximité des villes, où elle se cachait. On aurait pensé qu’elle se serait dirigée vers la forêt, surtout qu’il y en a beaucoup dans le coin. Mais chaque fois, sur les caméras, on la voyait circuler sur les grands axes. »

C’est donc d’autant plus incroyable de savoir qu’elle a survécu malgré tout.

« Quand on l’a récupérée, elle avait des otites aux oreilles, elle était un peu maigre, mais elle n’avait pas de gros problèmes de santé. On lui a fait passer une échographie, pour être sûr qu’elle n’avait pas de chiots parce qu’elle n’était pas stérilisée, ce qu’elle a été depuis. De ce côté-là, on est tranquille maintenant. »

Certains signes physiques suggèrent que Vagabonde a déjà eu des chiots. Il est toutefois probable que ses portées remontent à l’époque où elle se trouvait à l’usine à chiots.

Au départ, Chloé ne prévoyait pas garder Vagabonde. Elle l’avait accueillie chez elle pour l’aider dans sa rééducation.

« Maintenant que j’ai gagné sa confiance et comme j’aurais peur que les gens ne réalisent pas à quel point elle peut fuguer, j’ai pris la décision de la garder. Je ne voulais pas la confier à quelqu’un qui pourrait la perdre et qui, du même coup, lui ferait perdre confiance. Après trois ou quatre mois passés avec elle, je me disais que ce serait difficile de la donner à quelqu’un d’autre. J’ai dû m’assurer que j’avais le budget pour m’occuper d’elle, parce qu’avoir un chien entraine des coûts. Quand j’ai réalisé qu’on pouvait se le permettre, financièrement, j’ai décidé de la garder. Ça s’est quand même fait progressivement. »

Vagabonde, en mars 2026. Photo Véronique Bossé

Aujourd’hui, après la tonte nécessaire de fin de cavale, le poil de Vagabonde a bien repoussé. Chloé s’est assurée de l’habituer au toilettage, ce qu’elle aime beaucoup.

« Elle aime se faire brosser, ça la détend. »

Si Vagabonde sursaute encore quand elle entend des bruits, elle va désormais vers les humains, ce qu’elle ne faisait pas avant.

« Elle est partie de loin, mais elle ne se précipite plus vers les portes, elle va voir le monde et elle est contente. »

L’histoire de Vagabonde

Vagabonde est une chienne qui a survécu toute seule, pendant près de deux ans dans La Matapédia. Secouru d’une usine à chiot en mai 2023, Vagabonde s’est enfuie du refuge qui l’avait recueillie, le Service animalier Annika Landry, peu de temps après y être arrivé. Elle était très méfiante des humains, n’avait jamais eu de famille et n’avait même pas de nom.

L’organisme Ge Cherche Charly, qui a pour mission de retrouver des chiens en cavale, s’est affairé pendant plusieurs mois à essayer de l’attraper. Comme elle errait notamment dans un secteur boisé et agricole, dans les environs de Saint-Damase et qu’elle pouvait parcourir des kilomètres de distance, il était très difficile pour l’organisme de stabiliser Vagabonde assez longtemps pour lui créer une routine et avoir une chance de l’attraper à l’aide d’une cage-trappe.

Les efforts de Ge Cherche Charly se sont poursuit jusqu’en décembre 2023. Par la suite, l’organisme a été sans nouvelle de Vagabonde pendant un an, jusqu’à ce qu’Annika Landry lui fasse savoir qu’elle était stable depuis un moment, au début de l’année 2025. C’est à ce moment que l’organisme a fait une sortie, dans le défunt journal Le Laurentien, pour informer les résidents de La Matapédia de la situation de Vagabonde et leur expliquer les bons comportements à adopter pour maximiser les chances de l’attraper.

La vigilance du milieu et les efforts des bénévoles de Ge Cherche Charly avaient finalement permis d’attraper la chienne errante, au cours de la nuit du 24 février 2025. Le Service Animalier Annika Landry l’avait alors de nouveau pris en charge, afin de lui prodiguer les soins adéquats, dont un toilettage en règle.

La chienne, qu’elle avait nommée Vagabonde en raison de sa longue cavale, avait par la suite été envoyée chez l’éducatrice canine de Sayabec, Chloé Floc’h afin de l’aider dans sa rééducation.

Elle s’est échappée une nouvelle fois, au bout d’un mois, pour finalement être capturée de nouveau, environ deux semaines plus tard. Depuis ce temps, elle poursuit sa rééducation chez Chloé Floc’h, qui a pris la décision de l’adopter.

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